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Dysgraphie, TDAH et haut potentiel : quand la surefficience intellectuelle masque les troubles DYS

Une publication scientifique de 2025 met en lumière un sujet encore trop méconnu : la co-occurrence entre dysgraphie, TDAH (trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité) et surefficience intellectuelle chez les enfants et adolescents. Chez ces profils dits « gifted + dys », les troubles d’écriture sont souvent sous-diagnostiqués, mal compris ou attribués à tort au seul haut potentiel ou au TDAH.

L’article ADHD, Dysgraphia, and Giftedness publié en 2025 dans la revue ScientificArchives souligne que, parmi les enfants doués, le risque de ne pas être diagnostiqué ou d’être mal diagnostiqué est plus élevé que dans la population générale. La co-occurrence entre dysgraphie et TDAH complique encore le tableau clinique, rendant les frontières floues entre difficultés motrices, attentionnelles et cognitives.

Cet article pour Lexidys propose de faire le point sur ces profils complexes, afin de mieux sensibiliser les familles, les enseignants et les professionnels : un haut potentiel ne protège pas des troubles DYS, et il ne doit jamais conduire à les écarter.

1. Quand la dysgraphie passe inaperçue chez les enfants à haut potentiel

La dysgraphie est un trouble durable de l’écriture manuscrite, qui affecte la lisibilité, la précision, la vitesse et/ou le confort du geste graphique malgré une intelligence normale ou supérieure. On parle parfois de « trouble spécifique de l’expression écrite ».

Chez les enfants à haut potentiel intellectuel (HPI), plusieurs facteurs contribuent à rendre cette dysgraphie difficile à repérer.

1.1. Un haut niveau intellectuel qui compense en apparence

Les enfants doués disposent souvent d’un :

  • vocabulaire très riche ;
  • raisonnement rapide et souple ;
  • compréhension globale excellente ;
  • capacité à briller à l’oral et à participer activement.

Cette réussite sur le plan cognitif donne l’image d’un élève performant, capable de « réussir sans difficulté ». Face à cela, une écriture lente, peu lisible ou chaotique est souvent interprétée comme un manque de soin, un « problème de motivation » ou un simple « déficit d’effort ». La réalité d’un trouble DYS est alors minimisée.

1.2. Une écriture qui ne reflète pas la richesse de la pensée

Chez les enfants HPI, l’écart entre ce qu’ils pensent et ce qu’ils parviennent à écrire peut être immense. Ils peuvent produire des idées d’une grande complexité à l’oral, mais être incapables de les transcrire par écrit sans perdre le fil, simplifier à l’extrême ou renoncer. Cet écart génère une impression d’« immaturité » à l’écrit, alors qu’il s’agit d’un handicap moteur et graphique, pas d’un manque de compréhension.

1.3. L’effet « boule de neige » des attentes élevées

Plus un enfant est perçu comme « brillant », plus les attentes à son égard sont élevées. Lorsqu’il rencontre des difficultés d’écriture, on lui répond parfois : « Tu es capable, tu n’y mets pas assez de bonne volonté. » Cette pression renforce le perfectionnisme typique de nombreux enfants doués, qui peuvent alors masquer davantage leurs difficultés ou développer des stratégies d’évitement de l’écrit.

2. Dysgraphie et TDAH : un duo qui brouille les pistes

L’article de 2025 insiste sur la fréquence de la co-occurrence entre dysgraphie et TDAH. Cette combinaison est particulièrement trompeuse, car les deux troubles peuvent produire des manifestations proches dans la vie quotidienne.

2.1. Des symptômes communs qui induisent en erreur

On peut observer, chez un enfant dysgraphique, TDAH ou les deux :

  • une grande variabilité des performances à l’écrit ;
  • une lenteur ou, au contraire, une écriture précipitée et peu contrôlée ;
  • une difficulté à terminer les copies dans le temps imparti ;
  • un fort niveau de fatigue lors des tâches écrites ;
  • des productions désorganisées, avec des oublis, des sauts de mots ou de lignes.

Ces signes peuvent être attribués au seul TDAH (« il ne se concentre pas », « il se précipite »), alors qu’une dysgraphie est également présente. À l’inverse, on peut suspecter un TDAH alors que l’enfant lutte avant tout contre un geste graphique extrêmement coûteux.

2.2. Quand le TDAH masque la dysgraphie

Le TDAH affecte la capacité à maintenir l’attention, planifier, organiser et contrôler ses actions. Chez un enfant doué, les difficultés d’écriture sont parfois interprétées uniquement comme la conséquence de cette instabilité attentionnelle. L’étude rappelle pourtant que :

  • la dysgraphie peut exister de façon indépendante du TDAH ;
  • elle peut aussi coexister avec lui ;
  • traiter le TDAH (par exemple par traitements médicamenteux) ne résout pas automatiquement les difficultés d’écriture.

2.3. Quand la dysgraphie donne l’illusion d’un TDAH

La situation inverse est également possible : un enfant souffrant de dysgraphie éprouve une telle fatigue et un tel inconfort à écrire qu’il bouge, se lève, se plaint, procrastine, semble « rêveur » ou agité. Il peut alors être orienté vers un diagnostic de TDAH sans que le bilan graphomoteur n’ait été mené à son terme.

La publication de 2025 insiste sur ce point : sans évaluation fine de l’écriture, le risque de confusion diagnostique est majeur.

3. Les particularités des profils « gifted + dys »

Les enfants combinant haut potentiel, dysgraphie et parfois TDAH sont souvent qualifiés de « doués à besoins particuliers » ou « twice exceptional » (2e). Leur profil est caractérisé par des forces et des fragilités très contrastées.

3.1. Une pensée plus rapide que la main

Chez ces enfants, la pensée est extrêmement rapide, intuitive, créative. Le geste graphique, lui, reste lent, peu automatisé, coûteux. Ce décalage crée un sentiment de frustration permanente :

  • l’enfant « perd » des idées en chemin ;
  • il simplifie à l’excès pour pouvoir les écrire ;
  • il finit par détester les activités écrites, pourtant indispensables à la scolarité.

L’étude de ScientificArchives souligne que, dans ces cas, les difficultés sont parfois prises à tort pour un manque de persévérance ou de maturité, alors qu’il s’agit d’une limitation neurodéveloppementale du geste d’écriture.

3.2. Un perfectionnisme qui aggrave la souffrance

De nombreux enfants HPI présentent un perfectionnisme élevé. Ils savent ce que pourrait être un travail « parfait » et tolèrent mal l’imperfection. Lorsque leur écriture ne correspond pas à leur niveau de pensée, ils peuvent :

  • s’auto-critiquer violemment ;
  • refuser de montrer leurs cahiers ;
  • se décourager et éviter l’effort ;
  • développer de l’anxiété, voire un rejet scolaire.

Sans diagnostic précis, cette souffrance est souvent interprétée comme un « problème de caractère » plutôt que comme la conséquence d’un trouble DYS non reconnu.

3.3. Des enseignants déroutés : « Il comprend tout, mais ses cahiers sont catastrophiques »

À l’école, ces profils interrogent beaucoup : résultats excellents à l’oral, participations pertinentes, compréhension rapide… et en parallèle des cahiers illisibles, des évaluations écrites incomplètes ou des devoirs non rendus. La contradiction rend parfois les équipes pédagogiques hésitantes à engager une démarche de bilan, surtout si l’élève obtient malgré tout des résultats « corrects » aux examens.

4. Les conséquences d’un diagnostic manqué ou tardif

Ne pas reconnaître une dysgraphie chez un enfant doué peut avoir des répercussions sur plusieurs plans.

4.1. L’estime de soi mise à mal

L’enfant compare ce qu’il sait et comprend à ce qu’il parvient à produire. L’écart répété entre les deux peut entraîner :

  • une baisse de confiance en soi ;
  • un sentiment d’illégitimité (« je suis nul à l’école ») ;
  • des difficultés émotionnelles (anxiété, tristesse, colère).

4.2. Un frein à la réussite scolaire malgré le potentiel

La majorité des évaluations reposant sur l’écrit, la dysgraphie non prise en compte limite l’accès à la réussite :

  • copies incomplètes ou non terminées ;
  • difficultés à rédiger des réponses développées ;
  • notes en-dessous des compétences réelles.

4.3. Des tensions familiales et scolaires

Sans explication claire, les adultes peuvent multiplier remarques et injonctions : « Fais un effort », « Tu pourrais faire mieux », « Tu gâches ton potentiel ». L’enfant se sent incompris, ce qui peut aboutir à des conflits, à de l’opposition ou au retrait.

5. L’importance d’une évaluation pluridisciplinaire

L’article de ScientificArchives insiste sur un point majeur : un haut quotient intellectuel ne doit jamais exclure l’hypothèse d’un trouble DYS. Au contraire, il nécessite souvent une évaluation encore plus fine.

Une démarche complète peut inclure :

  • un bilan neuropsychologique pour explorer le profil cognitif, le haut potentiel éventuel et le TDAH ;
  • un bilan ergothérapique ou psychomoteur centré sur le geste graphique, la motricité fine et la posture ;
  • un bilan orthophonique en cas de suspicion de troubles associés (dyslexie, dysorthographie, langage écrit) ;
  • un avis médical spécialisé (pédiatre, neuropédiatre) lorsque nécessaire.

Ce croisement de regards permet de :

  • différencier ce qui relève de la dysgraphie, du TDAH, du haut potentiel ou de la personnalité ;
  • objectiver les besoins en aménagements scolaires ;
  • proposer un accompagnement global, adapté et évolutif.

6. Pistes d’accompagnement pour les enfants gifted + dysgraphie / TDAH

La publication scientifique met également en avant des pistes concrètes de soutien pour ces enfants aux besoins spécifiques.

6.1. En rééducation : psychomotricité, ergothérapie, orthophonie

Selon le profil, l’accompagnement peut inclure :

  • un travail sur le geste graphique, la tenue du crayon, le tonus et la posture ;
  • des exercices visant l’automatisation de l’écriture pour réduire la charge cognitive ;
  • une réflexion sur le choix de l’écriture (cursive, script, mixte) la mieux adaptée ;
  • en cas de TDAH associé, des stratégies d’organisation et de planification, en lien avec la famille et l’école.

6.2. À l’école : aménagements et compensation

Pour que l’enfant puisse exprimer son potentiel, plusieurs aménagements peuvent être mis en place :

  • utilisation d’un ordinateur ou de logiciels de dictée vocale ;
  • réduction de la quantité d’écrit manuscrit demandée ;
  • temps supplémentaire pour les évaluations ;
  • possibilité de réponses orales pour certaines activités ;
  • photocopies des cours pour limiter la prise de notes intensive.

6.3. À la maison : soutien et reconnaissance des efforts

Les parents jouent un rôle central :

  • valoriser les forces de l’enfant (créativité, humour, curiosité, compétences orales) ;
  • éviter les commentaires culpabilisants sur l’écriture ;
  • proposer des activités d’écriture courtes et signifiantes, sans pression de résultat ;
  • favoriser les loisirs qui soutiennent la motricité fine sans être vécus comme une « thérapie » (dessin, bricolage, jeux de construction, etc.).

Conclusion : ne pas laisser le haut potentiel faire écran aux troubles DYS

Les travaux récents, et notamment l’article ADHD, Dysgraphia, and Giftedness, rappellent que la combinaison dysgraphie + TDAH + surefficience intellectuelle n’a rien d’exceptionnel. Elle est en revanche encore trop peu repérée.

Pour les enfants concernés, l’enjeu est majeur : il s’agit de reconnaître à la fois leurs forces et leurs difficultés, sans nier ni l’une ni l’autre. Un QI élevé ou de très bonnes capacités verbales ne doivent jamais conduire à écarter l’hypothèse d’un trouble DYS. Au contraire, ils doivent inciter à une lecture fine du profil.

En développant une culture partagée autour des profils « gifted + dys », les familles, les professionnels et l’école peuvent construire des parcours réellement inclusifs, qui permettent à ces enfants de déployer leur potentiel sans s’épuiser à masquer leurs fragilités.

Sources

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