L’écriture inclusive est-elle néfaste pour les dyslexiques?

Alors que l’écriture inclusive est au cœur de vifs débats depuis quelques années, les spécialistes s’interrogent sur les éventuelles difficultés que son usage pourrait induire chez les dyslexiques.

L’écriture inclusive est-elle un obstacle pour les enfants dyslexiques? C’est ce qu’estime la ministre de la Culture, Françoise Nyssen, alors qu’associations et orthophonistes s’interrogent.

«Une chose qu’on n’a pas assez notée: comment font les enfants dyslexiques pour s’en sortir avec cette écriture-là?», s’est interrogée Mme Nyssen vendredi 27 octobre sur France Inter, après que l’Académie française eut qualifié jeudi l’écriture inclusive de «péril mortel» pour notre langue. «Je ne suis vraiment pas pour», a-t-elle ajouté, en se disant en revanche favorable à la féminisation des noms («autrice», par exemple).

Selon ses promoteurs, l’écriture inclusive est un outil destiné à lutter contre les stéréotypes liés aux sexes et les inégalités entre les femmes et les hommes. Outre la féminisation des noms, elle prône l’utilisation à égalité du féminin et du masculin, en écrivant par exemple des ingénieur.e.s ou des salarié.e.s. C’est ce qu’on appelle l’écriture épicène.

L’écriture épicène, une nouvelle entrave?

«Ça peut compliquer la lecture pour les élèves dyslexiques», estime Agnès Vetroff, présidente de l’Association nationale des associations de parents d’enfants dyslexiques (Anapedys), interrogée par l’AFP. «Mettre un point devant les e, ça n’est pas simple, alors que la ponctuation est déjà difficile à acquérir», poursuit-elle. En écriture épicène, le fameux point (appelé «point-milieu») est toutefois placé au milieu de la ligne et non en bas comme le point final.

La présidente d’un autre groupe d’associations, la FFDys (Fédération française des Dys), juge elle que l’écriture inclusive «n’est pas une entrave majeure». «La FFDys n’a pas d’avis sur l’écriture inclusive, mais mon avis personnel c’est qu’il est réducteur de dire qu’on ne doit pas l’appliquer au motif qu’elle entraverait la lecture des dyslexiques», affirme Nathalie Groh.

«Entre 3 et 5 % des enfants seraient concernés» par la dyslexie, estime l’Inserm. «Ce qui est compliqué pour ces enfants, c’est de réussir à traiter toutes les informations visuelles. Or l’écriture épicène en rajoute», explique à l’AFP Françoise Garcia, vice-présidente de la Fédération nationale des orthophonistes.

«97% des orthophonistes sont des femmes»

«D’autre part, l’écriture inclusive ajoute de la confusion dans la conversion entre ce qu’on entend et ce qu’on écrit», poursuit-elle, alors que ce travail de «conversion grapho-phonétique» est une difficulté pour les dyslexiques. «Mais on manque pour l’instant d’études scientifiques sur le sujet», note-t-elle. «Il en existe pour savoir comment les enfants traitent les mots, leur compréhension globale, mais pour le traitement de l’écriture épicène par l’enfant lambda et dyslexique, on ne sait pas».

«Dans la mesure où 97% des orthophonistes sont des femmes, nous écrivons nous-mêmes certaines choses en épicène à nos collègues», sourit Françoise Garcia.

Source: lefigaro.fr

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