Repérer les troubles DYS : un enjeu crucial pour éviter l’errance diagnostique
En octobre 2025, un article de vulgarisation publié par Futura et relayé par la salle de presse de l’Inserm rappelle une réalité préoccupante : les troubles DYS (dyslexie, dyspraxie, dysphasie, dyscalculie, dysorthographie, dysgraphie…) restent encore trop méconnus, alors qu’ils concerneraient jusqu’à 7 % des enfants d’âge scolaire.
Malgré les avancées en matière d’inclusion, la confusion entre difficultés passagères et troubles neurodéveloppementaux persistants demeure fréquente. Cette confusion retarde le repérage, entretient l’errance diagnostique et expose les enfants à des situations d’échec qui auraient pu être évitées.
Cet article, destiné aux familles, aux enseignants et au grand public, propose un point d’étape sur les connaissances actuelles et sur l’importance d’un repérage précoce des troubles DYS.
1. Les troubles DYS : des troubles fréquents mais encore mal compris
Les troubles DYS font partie des troubles spécifiques des apprentissages. Ils apparaissent durant le développement de l’enfant et se manifestent de façon durable, même si leurs conséquences peuvent être atténuées par un accompagnement adapté.
Ils ne sont pas dus :
- à un manque d’intelligence ;
- à un manque de travail ou de volonté ;
- à un défaut d’éducation ;
- à un trouble sensoriel non corrigé.
1.1. La dyslexie : un trouble connu mais encore mal identifié
La dyslexie est le trouble DYS le plus médiatisé. Elle se caractérise par des difficultés durables à identifier les mots écrits, à associer lettres et sons, à lire avec fluidité et précision.
Contrairement à une idée reçue, la dyslexie n’est pas une simple « inversion de lettres ». Elle touche le traitement phonologique du langage et affecte la vitesse et la qualité de la lecture. L’enfant dyslexique dépense beaucoup plus d’énergie que les autres pour lire un texte, ce qui entraîne fatigue, lenteur et démotivation.
1.2. La dyspraxie / TDC : un trouble invisible et très handicapant
La dyspraxie (ou trouble développemental de la coordination, TDC) impacte la planification et la coordination des gestes. Elle se manifeste par :
- une grande maladresse motrice ;
- des difficultés en géométrie ou en dessin ;
- une écriture très coûteuse, parfois illisible ;
- des gestes du quotidien compliqués (boutons, lacets, découpage…).
Parce que rien ne « se voit » au premier regard, la dyspraxie est souvent confondue avec un manque d’attention, de soin ou d’organisation.
1.3. La dysphasie / TDL : un trouble sévère du langage oral
La dysphasie, désormais intégrée dans la catégorie des troubles développementaux du langage (TDL), affecte la compréhension et/ou l’expression orale. L’enfant peut avoir du mal à construire des phrases, à trouver ses mots, à comprendre des consignes complexes.
Sans repérage précoce, ce trouble a des conséquences majeures sur la scolarité, la vie sociale et l’estime de soi.
1.4. Les autres troubles DYS
D’autres troubles DYS sont tout aussi importants :
- dysgraphie : trouble du geste d’écriture ;
- dyscalculie : trouble du raisonnement numérique et du calcul ;
- dysorthographie : difficulté spécifique et durable avec l’orthographe.
Tous nécessitent d’être repérés tôt pour limiter les conséquences scolaires et émotionnelles.
2. Pourquoi de nombreux enfants DYS passent encore inaperçus ?
L’article de Futura souligne plusieurs facteurs qui expliquent les retards de diagnostic et d’accompagnement.
2.1. Des explications simplistes qui masquent les troubles
Les difficultés DYS sont encore souvent attribuées à tort à :
- un manque d’effort ou de motivation ;
- un manque de travail personnel ;
- un « mauvais caractère » ou un trouble du comportement ;
- des difficultés familiales ou émotionnelles.
Si le contexte de vie doit évidemment être pris en compte, ces explications ne suffisent pas à rendre compte de troubles persistants et spécifiques.
2.2. Des profils qui compensent longtemps
Certains enfants disposent de ressources importantes (mémoire, intelligence verbale, capacité d’anticipation) qui leur permettent de compenser partiellement leurs difficultés. Ils s’appuient sur des stratégies détournées pour réussir… jusqu’à ce que la charge scolaire augmente et que les compensations ne suffisent plus (souvent à partir du CE2/CM1 ou au collège).
Ces profils « compensés » sont particulièrement exposés à un repérage tardif.
2.3. Confusion entre difficultés passagères et troubles durables
Un enfant peut présenter des difficultés :
- lors d’un déménagement, d’un changement d’école ou d’enseignant ;
- en raison de problèmes de santé ponctuels ;
- dans une matière pour laquelle il est moins à l’aise.
Mais un trouble DYS se caractérise par :
- une durée (difficultés persistantes malgré les efforts) ;
- une spécificité (un domaine particulier est touché alors que le reste des compétences est préservé) ;
- une origine neurodéveloppementale, attestée par des bilans spécialisés.
Ne pas distinguer difficultés passagères et troubles durables retarde la mise en place d’aides adaptées.
2.4. L’hétérogénéité des profils DYS
Chaque enfant DYS a un profil singulier. Deux enfants dyslexiques peuvent présenter des symptômes très différents, idem pour la dyspraxie ou la dysphasie. Cette variabilité rend les troubles plus difficiles à reconnaître « à l’œil nu ».
3. Jusqu’à 7 % des enfants d’âge scolaire concernés : un enjeu de santé publique
Les chiffres rappelés par Futura et l’Inserm convergent vers une estimation d’environ 7 % d’enfants d’âge scolaire concernés par un trouble spécifique des apprentissages.
Concrètement, dans une classe de 30 élèves, cela représente potentiellement 2 enfants DYS. Cette fréquence fait des troubles DYS un véritable enjeu de santé publique et d’inclusion scolaire, au même titre que d’autres grands sujets éducatifs.
4. Les signes d’alerte : ce qu’il faut surveiller
L’article de Futura propose des pistes de vigilance en fonction de l’âge.
4.1. À l’école maternelle
- retard important de langage (peu de mots, phrases très courtes, incompréhensibles) ;
- faible intérêt pour les jeux de langage, comptines, rimes ;
- maladresse importante, difficultés de coordination ;
- peine à reproduire des formes simples, à tenir un crayon ;
- grande difficulté à suivre des consignes simples malgré une bonne compréhension globale.
4.2. En primaire
- lenteur excessive en lecture, écriture ou calcul ;
- lecture hésitante, hachée, avec de nombreuses erreurs malgré les efforts ;
- écriture très fatigante, illisible ou très désorganisée ;
- erreurs récurrentes de transcriptions, d’alignement, de mise en page ;
- évitation systématique des tâches écrites ou de lecture à voix haute ;
- difficultés importantes en numération, tables de multiplication ou résolution de problèmes.
4.3. Au collège
- difficultés à suivre le rythme des cours, notamment pour la prise de notes ;
- demandes répétées de réexplication des consignes écrites ;
- fatigue importante liée aux devoirs écrits ;
- sentiment de décrochage malgré un bon niveau à l’oral ;
- notes qui ne reflètent pas les capacités observées en discussion ou en restitution orale.
5. Pourquoi le repérage précoce change tout
Les travaux relayés par la salle de presse de l’Inserm montrent qu’une prise en charge précoce :
- réduit le risque d’échec scolaire ;
- préserve l’estime de soi et la motivation ;
- diminue la fréquence des troubles anxieux ou dépressifs associés ;
- permet aux apprentissages de se poursuivre dans des conditions plus sereines.
À l’inverse, un repérage tardif peut entraîner :
- un retard accumulé dans plusieurs matières ;
- un sentiment d’injustice (« je travaille, mais je n’y arrive pas ») ;
- des conflits familiaux autour des devoirs ;
- un risque de décrochage scolaire.
6. Informer enseignants, familles et grand public : un enjeu citoyen
L’article de Futura rappelle que la lutte contre l’errance diagnostique ne repose pas seulement sur les spécialistes. Elle implique aussi :
- les enseignants, en première ligne pour repérer des situations qui sortent de l’ordinaire ;
- les familles, qui observent l’enfant au quotidien et peuvent signaler les difficultés ;
- le grand public, afin de réduire les stigmates et les préjugés.
Informer, c’est permettre :
- de repérer plus tôt les enfants qui ont réellement besoin d’un bilan ;
- d’éviter les jugements hâtifs (« il est paresseux », « elle ne fait pas d’efforts ») ;
- de mieux comprendre ce que vivent les enfants DYS au quotidien.
Conclusion : repérer, comprendre, accompagner
Les articles de Futura et les communications de l’Inserm en 2025 rappellent un message fort : les troubles DYS sont fréquents, réels et durables, mais leurs conséquences peuvent être largement atténuées si l’on agit tôt.
Repérer, ce n’est pas « coller une étiquette » : c’est offrir une chance de mieux apprendre, de mieux se connaître et de bénéficier d’un environnement scolaire plus juste. Pour les enfants comme pour leurs familles, c’est une étape clé vers un parcours plus serein.
Sources
- Futura : article de vulgarisation sur les troubles DYS et leur repérage précoce, publié en octobre 2025.
Disponible en ligne : https://www.futura-sciences.com/sante/questions-reponses/enfant-maladroit-lent-distrait-si-votre-enfant-avait-trouble-dys-23453/ - Inserm : salle de presse, dossiers et communiqués sur les troubles spécifiques des apprentissages (dyslexie, dyspraxie, dysphasie…) et les troubles neurodéveloppementaux, consultés en 2025.
Accès général : https://presse.inserm.fr




