Fatigue et troubles DYS : pourquoi les journées sont-elles si éprouvantes ?
À l’école, l’enfant tient bon.
Il écoute. Il lit. Il écrit. Il essaie de suivre les consignes. Il fait attention à ne pas se tromper. Il cache parfois ses difficultés.
Puis il rentre à la maison.
Il semble vidé. Il s’énerve pour une petite contrariété. Il refuse de faire ses devoirs. Il pleure, s’agite ou s’isole. Ses parents ont parfois l’impression qu’il a utilisé toute son énergie pendant la journée.
Cette situation est fréquente chez les enfants présentant un trouble DYS.
La fatigue ne fait pas partie de la définition de la dyslexie, de la dysorthographie, de la dyscalculie ou de la dyspraxie. Mais elle peut être une conséquence importante de ces troubles.
Pour comprendre cette fatigue, il faut regarder tout ce que l’enfant doit accomplir pendant une journée scolaire.
Une tâche simple pour les autres peut lui demander beaucoup plus d’attention, de temps et d’efforts.
Qu’est-ce que la fatigue cognitive ?
La fatigue cognitive est une fatigue liée à un effort mental prolongé.
Elle peut apparaître après une longue période de concentration, de mémorisation, de lecture, d’écriture ou de résolution de problèmes.
Tout le monde peut ressentir cette fatigue.
Mais chez un enfant DYS, elle peut arriver plus vite. Certaines tâches qui deviennent automatiques chez les autres élèves restent coûteuses pour lui.
L’enfant doit alors réfléchir à plusieurs choses en même temps.
Il doit comprendre la consigne.
Il doit se souvenir de ce qu’il vient de lire.
Il doit trouver la bonne réponse.
Il doit organiser ses idées.
Il doit écrire lisiblement.
Il doit surveiller son orthographe.
Il doit parfois éviter de perdre sa ligne, de sauter un mot ou d’inverser des lettres.
Une partie importante de son attention est mobilisée par la réalisation matérielle de la tâche. Il lui reste moins de ressources pour réfléchir au contenu.
Les troubles spécifiques du langage et des apprentissages sont des troubles durables du neurodéveloppement. Ils peuvent toucher la lecture, l’expression écrite, le calcul, le langage oral, la coordination des gestes ou certaines fonctions transversales comme l’attention et les fonctions exécutives. Ils ne sont pas liés à un manque d’intelligence.
Quand les automatismes ne deviennent pas vraiment automatiques
Une grande partie des apprentissages scolaires repose sur des automatismes.
Un lecteur expérimenté reconnaît rapidement la plupart des mots. Il n’a plus besoin de déchiffrer chaque lettre. Il peut consacrer son attention au sens du texte.
Pour un enfant dyslexique, la reconnaissance des mots peut rester lente et imprécise. Le décodage continue à demander un effort important.
Il ne fait pas seulement « lire une histoire ».
Il doit identifier les lettres, associer les lettres aux sons, assembler les syllabes, reconnaître les mots et retenir le début de la phrase pour comprendre la fin.
Toutes ces étapes peuvent mobiliser une grande partie de ses ressources mentales.
La dyslexie se caractérise notamment par des difficultés durables dans la reconnaissance exacte ou fluide des mots, le décodage et l’orthographe.
Un phénomène comparable peut apparaître dans d’autres troubles.
Un enfant présentant une dyscalculie peut devoir reconstruire un raisonnement pour retrouver un résultat que d’autres élèves connaissent automatiquement.
Un enfant présentant une dysorthographie peut consacrer tellement d’attention à l’orthographe qu’il perd le fil de son idée.
Un enfant présentant un trouble développemental de la coordination, parfois appelé dyspraxie, peut mobiliser beaucoup d’énergie pour écrire, utiliser une règle, organiser sa feuille ou manipuler son matériel.
La journée scolaire devient alors une longue succession d’efforts.
La double tâche : faire plusieurs choses à la fois
Beaucoup de situations scolaires demandent de réaliser plusieurs actions en même temps.
Écouter l’enseignant et prendre des notes.
Lire un énoncé et chercher les informations importantes.
Poser une opération et se souvenir de la procédure.
Construire une phrase et surveiller son orthographe.
Copier au tableau et retrouver sa place après chaque aller-retour du regard.
Cette situation est appelée une double tâche.
Elle devient particulièrement difficile lorsque l’une des actions n’est pas automatisée.
Prenons l’exemple de l’écriture.
Pour un élève à l’aise, former les lettres demande peu d’attention. Il peut donc réfléchir à son texte pendant que sa main écrit.
Pour un enfant dyspraxique ou dysgraphique, le geste peut rester lent et difficile. Il doit penser à la forme des lettres, à leur taille, à leur position sur la ligne et à la tenue de son stylo.
Il peut alors connaître la réponse, mais ne pas réussir à la noter à temps.
Cette difficulté est parfois mal interprétée.
L’enfant peut sembler lent, distrait ou peu motivé. En réalité, il doit partager son attention entre plusieurs tâches très exigeantes.
Une mémoire de travail très sollicitée
La mémoire de travail permet de garder temporairement une information en tête pour l’utiliser.
Elle intervient constamment à l’école.
Elle permet, par exemple, de retenir le début d’une consigne pendant que l’on écoute la suite.
Elle aide à conserver les étapes d’un calcul.
Elle permet de se souvenir d’une idée pendant que l’on cherche comment l’écrire.
Elle sert aussi à relier les différentes phrases d’un texte.
Des recherches montrent que les enfants présentant des difficultés d’apprentissage peuvent rencontrer des fragilités dans certaines composantes de la mémoire de travail, notamment verbale ou numérique. Ces difficultés ne sont pas identiques chez tous les enfants, mais elles peuvent augmenter le coût de certaines activités scolaires.
Lorsque la mémoire de travail est saturée, l’enfant perd une information.
Il oublie la consigne.
Il recommence son calcul.
Il relit le même paragraphe.
Il ne sait plus ce qu’il voulait écrire.
Il doit alors reprendre la tâche depuis le début. Cela demande encore plus de temps et d’énergie.
Plusieurs troubles peuvent se cumuler
Un enfant peut présenter plusieurs troubles en même temps.
Selon l’Inserm, près de 40 % des enfants présentant un trouble spécifique des apprentissages sont concernés par plusieurs troubles. La dyslexie ou la dyscalculie peuvent notamment être associées à un trouble développemental de la coordination ou à des difficultés attentionnelles.
Cette association augmente parfois la charge de la journée.
Un enfant peut devoir gérer à la fois :
- une lecture lente ;
- une écriture difficile ;
- une mémoire de travail fragile ;
- des difficultés à organiser son matériel ;
- une attention fluctuante ;
- une hypersensibilité au bruit ;
- une grande lenteur pour commencer ou terminer une tâche.
Chaque difficulté peut sembler modérée lorsqu’elle est observée seule.
Mais leur accumulation peut rendre la journée très éprouvante.
Une attention permanente pour éviter les erreurs
Beaucoup d’enfants DYS développent des stratégies pour compenser leurs difficultés.
Ils regardent les autres pour vérifier ce qu’il faut faire.
Ils relisent plusieurs fois une consigne.
Ils mémorisent la forme globale d’une page.
Ils demandent discrètement de l’aide.
Ils observent les réactions de l’enseignant.
Ils évitent de lire à voix haute.
Ils préparent leur réponse longtemps avant de lever la main.
Ces stratégies peuvent être efficaces. Elles permettent parfois à l’enfant d’obtenir de bons résultats et de masquer une partie de ses difficultés.
Mais elles demandent une surveillance constante.
L’enfant ne se contente pas d’effectuer la tâche. Il contrôle aussi la façon dont il la réalise et l’image qu’il donne aux autres.
Cette compensation permanente peut expliquer pourquoi certains enfants semblent bien fonctionner en classe, puis s’effondrent une fois rentrés chez eux.
Ils ont tenu toute la journée.
À la maison, dans un environnement plus sécurisant, la tension retombe.
Le bruit, les transitions et l’organisation de la classe
La fatigue ne vient pas seulement des exercices.
Une journée d’école comprend aussi de nombreuses transitions.
Il faut sortir le bon cahier.
Recopier les devoirs.
Changer de salle.
Ranger son matériel.
Comprendre une nouvelle consigne.
Se repérer dans l’emploi du temps.
Suivre le rythme du groupe.
Ignorer les conversations autour de soi.
Pour un enfant qui rencontre des difficultés d’attention, de repérage ou d’organisation, ces petites actions peuvent consommer beaucoup d’énergie.
Le bruit de la classe peut également compliquer l’écoute et la concentration.
L’Inserm souligne que le contexte scolaire lui-même, notamment la fatigue et le bruit, peut influencer l’attention et les apprentissages des enfants présentant un trouble développemental de la coordination.
Le ministère de l’Éducation nationale recommande par ailleurs de tenir compte de la fatigabilité des élèves présentant un trouble du neurodéveloppement et de son impact sur leur vie quotidienne, y compris en dehors de l’école.
La peur de se tromper fatigue aussi
La fatigue n’est pas uniquement intellectuelle.
Elle peut aussi être émotionnelle.
Certains enfants DYS ont été confrontés très tôt aux erreurs, aux remarques et aux comparaisons.
Ils ont pu entendre qu’ils ne faisaient pas assez attention.
Qu’ils devaient se relire.
Qu’ils connaissaient pourtant la règle.
Qu’ils étaient trop lents.
Qu’ils pourraient réussir s’ils faisaient davantage d’efforts.
À force, l’enfant peut avoir peur de se tromper.
Il hésite avant d’écrire.
Il efface plusieurs fois.
Il vérifie chaque mot.
Il évite certaines activités.
Il peut aussi consacrer beaucoup d’énergie à cacher ses difficultés pour ne pas être jugé.
Les troubles DYS peuvent avoir des répercussions durables sur la vie scolaire, sociale et psychologique. Une prise en charge précoce et adaptée vise notamment à prévenir ou à limiter ces conséquences.
Comment reconnaître la fatigue chez un enfant DYS ?
La fatigue ne se manifeste pas toujours par une envie de dormir.
Chez un enfant ou un adolescent, elle peut prendre des formes différentes.
L’enfant peut :
- devenir irritable en fin de journée ;
- pleurer pour une difficulté apparemment mineure ;
- s’opposer au moment des devoirs ;
- avoir mal à la tête ou se plaindre de douleurs ;
- perdre ses affaires ;
- faire plus d’erreurs l’après-midi ;
- lire encore plus lentement ;
- ne plus comprendre une consigne pourtant simple ;
- s’agiter ou parler beaucoup ;
- se replier sur lui-même ;
- avoir besoin de rester seul après l’école ;
- sembler incapable de choisir ou de commencer une activité.
Ces réactions ne prouvent pas à elles seules l’existence d’un trouble DYS.
Mais chez un enfant déjà diagnostiqué, leur répétition peut indiquer que la charge de la journée est trop importante.
Il est utile d’observer à quel moment la fatigue apparaît.
Est-elle plus forte les jours où l’enfant doit beaucoup écrire ?
Après une évaluation ?
Après une séance d’orthophonie ?
Lorsqu’il a plusieurs devoirs ?
Après une mauvaise nuit ?
Ces observations peuvent aider la famille, l’enseignant et les professionnels à mieux comprendre ses besoins.
Les aménagements ne servent pas seulement à obtenir de meilleures notes
Les aménagements scolaires pour les enfants DYS sont parfois perçus comme des aides destinées uniquement à améliorer les résultats.
Ils ont aussi une autre fonction : diminuer les efforts inutiles.
Éviter une longue copie permet à l’enfant de garder de l’énergie pour comprendre la leçon.
Donner une consigne courte et découpée évite de saturer sa mémoire de travail.
Autoriser un ordinateur peut réduire le coût du geste graphique.
Proposer un texte aéré peut faciliter le repérage.
Laisser un peu plus de temps diminue la pression liée à la lenteur.
Prévoir une pause permet de récupérer avant de poursuivre.
L’objectif n’est pas de supprimer tous les efforts. Il est de faire porter l’effort sur la compétence réellement travaillée.
Si l’on veut évaluer les connaissances en histoire, une difficulté à copier rapidement ne devrait pas empêcher l’enfant de montrer ce qu’il sait.
Les recommandations de la Haute Autorité de santé insistent sur la nécessité d’un parcours coordonné et d’adaptations tenant compte des besoins propres à chaque enfant.
Comment alléger les journées à l’école ?
Les adaptations doivent être individualisées.
Tous les enfants DYS n’ont pas les mêmes besoins.
Plusieurs mesures peuvent néanmoins réduire la surcharge cognitive à l’école :
- limiter la copie lorsque ce n’est pas l’objectif de l’exercice ;
- fournir les cours ou les consignes sous une forme accessible ;
- découper les tâches longues en plusieurs étapes ;
- vérifier que la consigne a été comprise ;
- laisser davantage de temps ;
- autoriser certains outils numériques ;
- prévoir des pauses courtes ;
- réduire le nombre d’exercices lorsque la compétence est déjà évaluée ;
- éviter de demander simultanément d’écouter, de copier et de mémoriser ;
- annoncer les changements et les évaluations ;
- aider l’enfant à organiser son matériel.
Ces aménagements ne sont pas des privilèges.
Ils permettent à l’élève d’accéder aux apprentissages sans dépenser toute son énergie à contourner son trouble.
Comment aider l’enfant après l’école ?
Après l’école, l’enfant a parfois besoin d’une vraie coupure.
Lui demander de commencer immédiatement ses devoirs n’est pas toujours efficace.
Un temps calme, une collation, une activité physique ou un moment libre peuvent lui permettre de récupérer.
Les devoirs peuvent ensuite être fractionnés.
Une courte séance de travail suivie d’une pause est souvent plus productive qu’une longue période passée devant un cahier.
Il est également utile de :
- commencer par une tâche accessible ;
- lire les consignes à voix haute si nécessaire ;
- utiliser les outils habituels de compensation ;
- faire une seule chose à la fois ;
- privilégier la régularité plutôt que les longues séances ;
- arrêter lorsque la fatigue empêche réellement de réfléchir ;
- signaler à l’enseignant lorsque la charge devient excessive.
La soirée ne doit pas être entièrement consacrée à l’école et aux rééducations.
L’enfant a aussi besoin de jouer, de bouger, de voir ses amis et de développer des activités dans lesquelles il se sent compétent.
Le sommeil joue un rôle essentiel
Un sommeil suffisant et régulier aide à réduire la fatigue, à soutenir la mémoire, la concentration et l’humeur.
Les difficultés de sommeil peuvent renforcer les problèmes d’attention et d’apprentissage pendant la journée.
L’Assurance Maladie indique que les enfants présentant un trouble du neurodéveloppement, dont les troubles des apprentissages, sont particulièrement concernés par les difficultés nocturnes.
Une routine du soir calme, des horaires réguliers et une limitation des écrans avant le coucher peuvent favoriser un sommeil de meilleure qualité.
Cependant, une fatigue importante ne doit pas être attribuée automatiquement au trouble DYS.
Quand faut-il consulter ?
Un enfant DYS peut être fatigué par les efforts demandés à l’école.
Mais toutes les fatigues ne viennent pas des troubles des apprentissages.
Une fatigue inhabituelle, très intense ou persistante peut avoir d’autres causes : manque de sommeil, trouble respiratoire nocturne, maladie, carence, anxiété, effet d’un médicament ou autre problème de santé.
Il est conseillé d’en parler au médecin lorsque la fatigue :
- apparaît brutalement ;
- dure malgré le repos ;
- s’accompagne d’une grande somnolence ;
- empêche l’enfant de participer à ses activités habituelles ;
- s’accompagne d’une perte d’appétit, de douleurs ou d’autres symptômes ;
- provoque des absences scolaires répétées ;
- s’associe à un sommeil très perturbé ou à des ronflements importants.
Le médecin pourra rechercher une autre cause et orienter la famille si nécessaire.
Ce qu’il faut retenir
La fatigue chez les enfants DYS n’est ni de la paresse ni un manque de volonté.
Elle peut être la conséquence d’une journée pendant laquelle l’enfant doit fournir davantage d’efforts pour lire, écrire, calculer, s’organiser et éviter les erreurs.
Les tâches peu automatisées sollicitent fortement l’attention et la mémoire de travail.
La double tâche, le bruit, les transitions, la peur de se tromper et les troubles associés peuvent encore augmenter cette charge.
Un enfant peut donc réussir à tenir en classe, puis être épuisé à la maison.
Des aménagements adaptés aux enfants DYS permettent de réduire cette fatigue. Ils ne suppriment pas les apprentissages. Ils évitent que l’enfant dépense toute son énergie dans des obstacles qui ne correspondent pas à l’objectif pédagogique.
Comprendre cette fatigue est une première étape essentielle.
Elle permet de remplacer les reproches par des solutions.
Et d’aider l’enfant à apprendre sans devoir s’épuiser pour prouver ce qu’il sait.
Sources
- Inserm – Troubles spécifiques des apprentissages
- Haute Autorité de santé – Parcours de santé d’un enfant présentant des troubles spécifiques du langage et des apprentissages
- Inserm – Dyslexie, dysorthographie et dyscalculie : bilan des données scientifiques
- Inserm – Expertise collective sur le trouble développemental de la coordination
- Ministère de l’Éducation nationale – Autorégulation à l’école et au collège pour les élèves présentant un trouble du neurodéveloppement
- Peng et Fuchs – Méta-analyse des difficultés de mémoire de travail chez les enfants présentant des difficultés d’apprentissage
- Assurance Maladie – Troubles du sommeil chez l’enfant
- Santé publique France – Les enjeux du sommeil pour la fatigue, la mémoire et la concentration




