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Pourquoi deux enfants dyslexiques peuvent-ils avoir des difficultés très différentes ?

Deux enfants ont reçu le même diagnostic : une dyslexie. Pourtant, leurs difficultés ne se ressemblent pas toujours. Le premier lit lentement, mais comprend bien les textes. Le second lit assez vite, mais fait de nombreuses erreurs. Un autre enfant réussit à lire les mots courants, mais se bloque devant les mots nouveaux. Un autre encore semble avoir compensé sa lecture. En revanche, son orthographe reste très fragile.

Ces différences peuvent surprendre les parents et les enseignants. Elles peuvent aussi provoquer des comparaisons injustes.

« Son camarade est dyslexique et il arrive à lire ce texte. Pourquoi pas lui ? »

« Elle a le même diagnostic, mais elle n’a pas besoin d’ordinateur. »

« Il lit bien maintenant. Est-il encore vraiment dyslexique ? »

En réalité, la dyslexie ne correspond pas à un profil unique. C’est un trouble spécifique de l’apprentissage de la lecture. Mais il peut se manifester de nombreuses façons. Chaque enfant possède son propre fonctionnement, ses points forts, ses difficultés et ses stratégies de compensation.

La dyslexie ne se résume pas à inverser des lettres

La dyslexie est souvent associée à l’image d’un enfant qui confond le « b » et le « d » ou qui inverse des syllabes.

Ces erreurs peuvent exister.

Mais elles ne définissent pas, à elles seules, la dyslexie.

La dyslexie développementale est un trouble durable qui touche l’apprentissage du langage écrit. Elle peut entraîner des difficultés à reconnaître les mots, à les décoder, à lire avec fluidité ou à maîtriser l’orthographe.

Elle ne s’explique pas par un manque d’intelligence, une mauvaise volonté ou un enseignement insuffisant.

Les chercheurs décrivent une population très hétérogène.

Cela signifie que les enfants dyslexiques ne présentent pas tous les mêmes difficultés, ni avec la même intensité.

Des études ont tenté de classer les enfants en différents sous-groupes. Mais les profils observés ne forment pas toujours des catégories simples et stables.

Les difficultés se répartissent plutôt sur plusieurs dimensions qui peuvent se combiner différemment chez chaque enfant.

Certains enfants lisent lentement, d’autres font surtout des erreurs

Pour évaluer la lecture, les professionnels observent notamment deux éléments :

  • la précision ;
  • la vitesse.

La précision correspond au nombre de mots correctement lus.

La vitesse indique le temps nécessaire pour lire ces mots ou un texte.

Un enfant dyslexique peut lire très lentement, mais faire peu d’erreurs.

Il déchiffre chaque mot avec prudence. Il vérifie les syllabes. Il revient parfois en arrière. Sa lecture est correcte, mais elle lui demande beaucoup de temps.

Un autre enfant peut lire plus rapidement, mais remplacer, oublier ou transformer des mots.

Il peut deviner certains mots à partir de leur première lettre ou du sens général de la phrase.

Ces deux enfants sont dyslexiques.

Mais leurs besoins ne seront pas exactement les mêmes.

Le premier aura peut-être surtout besoin de temps supplémentaire et de supports audio.

Le second devra aussi travailler la précision du décodage et apprendre à mieux vérifier ce qu’il lit.

Lire des mots connus ou déchiffrer des mots nouveaux

Un enfant peut reconnaître facilement les mots qu’il rencontre souvent.

Il peut lire « maison », « école » ou « vacances » sans difficulté apparente.

En revanche, il peut être bloqué devant un mot rare, long ou inventé.

Les mots inventés, parfois appelés pseudo-mots, sont utilisés dans les bilans pour observer la capacité de décodage.

L’enfant ne peut pas reconnaître le mot grâce à sa mémoire puisqu’il ne l’a jamais rencontré. Il doit appliquer les correspondances entre les lettres et les sons.

Un autre enfant peut avoir le profil inverse.

Il parvient à déchiffrer des mots nouveaux, mais reste lent pour reconnaître rapidement les mots déjà connus.

Dans ce cas, chaque mot semble devoir être relu presque comme s’il était nouveau.

Cette différence explique pourquoi deux enfants qui obtiennent un résultat global proche lors d’un bilan de dyslexie peuvent adopter des stratégies de lecture très différentes.

La compréhension peut être préservée ou fragilisée

Un enfant peut lire difficilement tout en comprenant très bien le langage oral.

Lorsqu’un adulte lui lit le texte, il saisit l’histoire, fait des liens et répond correctement aux questions.

Sa difficulté principale se situe alors dans l’accès aux mots écrits.

Mais chez un autre enfant, la compréhension en lecture peut aussi être fragile.

Plusieurs raisons sont possibles.

Le déchiffrage peut lui demander tellement d’efforts qu’il oublie le début de la phrase avant d’atteindre la fin.

Il peut aussi rencontrer des difficultés de vocabulaire, de syntaxe ou de compréhension du langage oral.

Les recherches montrent que les difficultés de compréhension en lecture ne dépendent pas uniquement du décodage. Les compétences de langage oral jouent également un rôle important.

Ainsi, deux enfants dyslexiques peuvent lire avec la même lenteur, mais comprendre très différemment le texte.

L’un comprend très bien dès qu’il a réussi à identifier les mots.

L’autre a aussi besoin d’un accompagnement pour comprendre le vocabulaire, les phrases complexes ou les informations implicites.

La dysorthographie n’a pas la même intensité chez tous les enfants

La dyslexie est souvent associée à une dysorthographie.

Mais, là encore, les profils varient.

Certains enfants font surtout des erreurs liées aux sons.

Ils peuvent écrire un mot comme ils l’entendent.

D’autres ont du mal à mémoriser l’orthographe exacte des mots, en particulier lorsque celle-ci ne peut pas être devinée grâce aux sons.

Certains connaissent les règles de grammaire, mais ne réussissent pas à les appliquer pendant qu’ils rédigent.

Ils doivent déjà réfléchir à leurs idées, construire leurs phrases, former les lettres et retrouver l’orthographe des mots.

La règle connue peut alors être oubliée.

Un enfant peut donc progresser nettement en lecture tout en conservant une orthographe très fragile.

À l’inverse, un autre peut écrire certains mots correctement grâce à sa mémoire, mais rester très lent lorsqu’il doit lire un texte.

La mémoire de travail et l’attention ne fonctionnent pas de la même manière chez tous

La lecture ne dépend pas d’une seule compétence.

Elle mobilise plusieurs fonctions cognitives.

La mémoire de travail permet de garder temporairement une information en tête.

Elle aide, par exemple, à retenir le début d’une phrase pendant que l’on lit la suite.

L’attention permet de rester concentré, de suivre une ligne et de repérer les informations importantes.

La vitesse de traitement intervient également. Elle influence le temps nécessaire pour reconnaître une information et y répondre.

Ces fonctions peuvent être plus ou moins solides selon les enfants.

L’un peut avoir une bonne mémoire de travail et réussir à conserver le sens du texte malgré une lecture lente.

Un autre peut perdre rapidement les informations qu’il vient de lire.

Un troisième peut surtout être gêné par le bruit, les longues consignes ou les tâches qui demandent plusieurs actions en même temps.

Ces différences ne signifient pas que tous les enfants dyslexiques présentent un trouble de l’attention ou de la mémoire.

Elles montrent simplement que les capacités qui soutiennent la lecture ne sont pas identiques chez tous.

Les troubles associés changent fortement le profil

La dyslexie peut exister seule.

Mais elle peut aussi être associée à d’autres troubles du neurodéveloppement.

Selon l’Inserm, une proportion importante des enfants présentant un trouble spécifique des apprentissages est concernée par plusieurs troubles.

Un enfant peut présenter une dyslexie et un trouble développemental du langage.

Dans ce cas, les difficultés peuvent toucher à la fois le décodage, le vocabulaire, la construction des phrases et la compréhension.

L’association de ces deux troubles peut entraîner des difficultés de lecture plus sévères et plus persistantes.

Un autre enfant peut présenter une dyslexie et un TDAH.

Il doit alors gérer les difficultés de lecture, mais aussi une attention fluctuante, une impulsivité ou des difficultés d’organisation.

La dyslexie et le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité sont deux troubles différents. Ils peuvent cependant être présents chez le même enfant.

Un autre peut présenter une dyslexie et un trouble développemental de la coordination, autrefois souvent appelé dyspraxie.

La lecture peut alors être associée à des difficultés d’écriture, de manipulation du matériel ou de repérage sur la page.

Ces troubles associés à la dyslexie peuvent modifier le niveau de fatigue, la vitesse de travail et les adaptations nécessaires.

L’âge de l’enfant change la façon dont la dyslexie se voit

La dyslexie évolue avec l’âge et les apprentissages.

Elle ne disparaît pas simplement parce qu’un enfant grandit.

En revanche, ses manifestations peuvent changer.

Au début de l’école primaire, les difficultés sont souvent visibles dans le déchiffrage.

L’enfant peine à associer les lettres aux sons. Il lit lentement et fait des erreurs.

Plus tard, il peut reconnaître davantage de mots.

Sa lecture devient plus précise.

Mais elle peut rester lente et fatigante.

Au collège ou au lycée, les difficultés apparaissent parfois surtout devant les textes longs, les consignes complexes, la prise de notes ou la quantité de travail écrit.

Chez certains adultes, la lecture quotidienne paraît efficace.

Pourtant, la lenteur, la fatigue ou les difficultés d’orthographe peuvent persister.

Les travaux sur les adultes dyslexiques montrent que les difficultés peuvent évoluer et être partiellement compensées sans toujours disparaître.

Deux enfants du même âge peuvent également se situer à des étapes différentes.

L’un a peut-être été repéré tôt et bénéficie déjà d’un accompagnement.

L’autre vient seulement d’être diagnostiqué.

Comparer leurs résultats sans tenir compte de leur parcours n’aurait donc pas beaucoup de sens.

Les stratégies de compensation sont différentes

Les enfants dyslexiques cherchent souvent des moyens de contourner leurs difficultés.

Certains utilisent beaucoup le contexte.

Ils anticipent les mots grâce au sens de la phrase.

D’autres possèdent un vocabulaire oral riche. Ils comprennent facilement les textes entendus et utilisent leurs connaissances pour reconstruire le sens.

Certains mémorisent la forme de nombreux mots.

D’autres s’appuient davantage sur les sons.

Un enfant peut aussi apprendre à utiliser efficacement la synthèse vocale, les livres audio, la dictée vocale ou un correcteur orthographique.

Ces stratégies peuvent rendre le trouble moins visible.

Un élève peut obtenir de bons résultats, mais avoir besoin de beaucoup plus de temps que les autres.

Il peut aussi travailler longtemps à la maison pour produire un résultat qui semble ordinaire en classe.

Le fait qu’un enfant réussisse ne signifie donc pas que son trouble a disparu.

Sa réussite peut reposer sur des efforts importants, des outils de compensation adaptés et des stratégies qu’il a construites au fil du temps.

La langue utilisée influence aussi les difficultés

La dyslexie existe dans toutes les langues écrites.

Mais elle ne se manifeste pas exactement de la même manière dans chaque langue.

Dans certaines langues, une lettre ou un groupe de lettres correspond presque toujours au même son.

Dans d’autres, les relations entre l’écrit et les sons sont moins régulières.

Le français possède de nombreuses particularités orthographiques.

Un même son peut s’écrire de plusieurs façons. Certaines lettres ne se prononcent pas. De nombreux mots ne peuvent pas être correctement orthographiés uniquement en les écoutant.

Les recherches menées dans plusieurs langues montrent que la régularité de l’orthographe influence la manière dont les difficultés apparaissent.

Dans les langues plus régulières, la lenteur peut être particulièrement visible, même lorsque l’enfant fait peu d’erreurs. Dans les orthographes moins transparentes, les difficultés de précision peuvent être plus marquées.

Un enfant bilingue dyslexique peut donc présenter des performances différentes selon la langue qu’il lit.

Cela ne signifie pas que la dyslexie est causée par le bilinguisme.

Cela montre que chaque système d’écriture impose des contraintes particulières.

L’environnement et les aménagements font une différence

Les difficultés observées dépendent aussi de la situation.

Un enfant peut réussir à lire un texte court, bien aéré et adapté à son niveau.

Il peut se retrouver en grande difficulté devant une page dense, une police très petite ou une consigne longue.

Il peut comprendre une leçon lorsqu’elle est lue à voix haute, mais échouer lorsqu’il doit la lire seul sous la pression du temps.

Il peut réussir une évaluation orale et ne pas parvenir à montrer les mêmes connaissances par écrit.

Les aménagements scolaires pour les enfants dyslexiques ne changent pas le diagnostic.

Mais ils peuvent réduire fortement ses conséquences.

Un temps supplémentaire, un support audio, un ordinateur, une consigne découpée ou une réduction de la copie peuvent permettre à l’enfant d’utiliser ses compétences sans être bloqué par son trouble.

C’est pour cette raison que la Haute Autorité de santé recommande une évaluation individualisée et un parcours adapté aux besoins de chaque enfant.

La fatigue et les émotions peuvent masquer les capacités

Les performances d’un enfant ne sont pas identiques chaque jour.

La fatigue, le stress et la peur de l’erreur peuvent aggraver les difficultés.

Un enfant peut lire correctement le matin, puis multiplier les erreurs en fin de journée.

Il peut réussir seul avec son orthophoniste, mais se bloquer lorsqu’il doit lire devant toute la classe.

Il peut aussi éviter une activité parce qu’il anticipe un échec.

La Haute Autorité de santé rappelle que les troubles des apprentissages peuvent se manifester ou être masqués par des signes très variés : lenteur, agitation, opposition, évitement ou plaintes physiques.

Le comportement visible ne montre donc pas toujours la difficulté réelle.

Un enfant qui refuse de lire n’est pas nécessairement paresseux.

Il peut chercher à se protéger d’une tâche qui lui demande beaucoup d’efforts ou qui l’expose au regard des autres.

Le même diagnostic ne signifie pas les mêmes aménagements

Deux enfants dyslexiques ne doivent pas automatiquement recevoir les mêmes outils.

L’un peut surtout avoir besoin de temps supplémentaire.

L’autre peut avoir besoin d’une synthèse vocale.

Un autre encore peut lire seul, mais nécessiter un correcteur orthographique ou une dictée vocale pour écrire.

Certains enfants bénéficient d’une présentation plus aérée.

D’autres ont surtout besoin que les consignes soient lues ou reformulées.

Les adaptations pour la dyslexie doivent répondre aux difficultés fonctionnelles de l’enfant.

Elles ne doivent pas être choisies uniquement à partir du nom du diagnostic.

Le bilan orthophonique et les autres évaluations permettent justement d’identifier :

  • ce que l’enfant réussit ;
  • ce qui lui demande trop d’efforts ;
  • les erreurs qu’il fait ;
  • les stratégies qu’il utilise ;
  • les outils qui peuvent réellement l’aider.

Pourquoi les comparaisons sont-elles inutiles ?

Comparer deux enfants dyslexiques revient à comparer deux personnes portant des lunettes.

Elles ont toutes les deux besoin d’une correction visuelle.

Mais elles n’ont pas nécessairement la même correction.

De la même façon, deux enfants peuvent partager le diagnostic de dyslexie sans présenter la même vitesse de lecture, les mêmes erreurs, les mêmes troubles associés ou les mêmes capacités de compensation.

Dire à un enfant que son camarade dyslexique « y arrive bien, lui » ne l’aide pas.

Cela peut au contraire renforcer son sentiment d’échec.

Il est plus utile d’observer son évolution personnelle.

Lit-il plus facilement qu’il y a six mois ?

Comprend-il mieux les consignes ?

Utilise-t-il ses outils avec davantage d’autonomie ?

Se fatigue-t-il moins ?

Parvient-il mieux à montrer ce qu’il sait ?

Ces progrès sont parfois peu visibles dans une note ou dans une vitesse de lecture.

Ils restent pourtant essentiels.

Ce qu’il faut retenir

La dyslexie est un trouble très hétérogène.

Deux enfants dyslexiques peuvent présenter des difficultés très différentes parce que la lecture mobilise plusieurs compétences.

La précision, la vitesse, le décodage, l’orthographe, la compréhension, la mémoire de travail et l’attention peuvent être touchés de manière différente.

L’âge, la langue utilisée, les troubles associés, les accompagnements et les stratégies de compensation modifient également la façon dont la dyslexie se manifeste.

Un enfant qui lit assez bien peut rester très lent ou très fatigué.

Un autre peut lire rapidement, mais faire de nombreuses erreurs.

Un troisième peut comprendre parfaitement un texte entendu, mais ne pas parvenir à le déchiffrer seul.

Il n’existe donc pas un modèle unique de l’enfant dyslexique.

Comprendre cette diversité permet d’éviter les comparaisons.

Cela permet surtout de proposer à chaque enfant les outils, les aménagements et l’accompagnement dont il a réellement besoin.

Sources

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