Travail : le chemin vers l’emploi des personnes souffrant de troubles dys

Le monde du travail peut s’avérer hostile quand on a un sens en moins, un chromosome en plus ou un trouble de l’apprentissage. Pour améliorer l’insertion de ces travailleurs, une fois la reconnaissance de leur handicap validée par les Maisons départementales des personnes handicapées (MDPH), les Cap Emploi les épaulent pour leur proposer bilans de compétences, formations, outils et offres d’emploi adaptés. Cheops, organisme quipilote les 98 Cap Emploi français, présente son Baromètre 2018, révélé par 20 Minutes en exclusivité.

Si le nombre de chômeurs handicapés épaulés est resté stable sur un an (220.000), le nombre de CDI a augmenté de 10 % et les créations d’entreprises par des personnes handicapées de 7 %. « Aujourd’hui encore, le taux de chômage des personnes handicapées, autour de 19 %, est le double de celui des personnes valides, regrette cependant Jean-Pierre Benazet, président de Cheops. L’un des freins à cette insertion, c’est que beaucoup de personnes ne demandent pas leur statut de travailleur handicapé. »

Aujourd’hui, tout passe par l’écrit

C’est souvent le cas de ceux qui souffrent de troubles dys, invisibles, méconnus et pour autant lourds à supporter quand ils sont sévères. Des troubles de l’apprentissage qui toucheraient environ 7 millions de Français, selon la Fédération française des dys, et dont le spectre est large :  dyslexie pour les problèmes de lecture, dysorthographie pour les fautes d’orthographe, dyscalculie pour les difficultés à jongler avec les chiffres, dysphasie pour celles du langage…

Si l’Education nationale commence à peine à prendre en compte ces dys, les employeurs ont encore du chemin à parcourir. Car pour quelqu’un qui mettra du temps à lire un rapport ou qui inversera des lettres dans un mail, le monde du travail ressemble à un parcours du combattant. « Aujourd’hui, tout passe par l’écrit, résume Ivan Coelho, directeur du Cap Emploi de Loir-et-Cher. Même sur des postes peu qualifiés, il y a des consignes écrites. Beaucoup vont développer des stratégies de compensation pour cacher ce type de troubles. Par exemple, des cadres vont ramener des documents chez eux pour les éplucher. » Soit du temps, de l’énergie et du stress en plus.

Dans ce métier, mon handicap n’est pas un frein

Pour Jonathan, dyspraxique, c’est la coordination des mouvements qui s’avère ardue. « J’ai beaucoup de difficultés pour faire mes lacets, découper des feuilles, tracer des losanges », résume le jeune homme de 29 ans. Autant dire que son parcours scolaire n’a pas été simple. Après un BTS, Jonathan a travaillé en tant qu’assistant de direction pour la Sécurité sociale pendant un an et demi. « Mais sans prise en compte de mon handicap, regrette Jonathan, pourtant reconnu par la MDPH comme travailleur handicapé. Je n’avais aucun aménagement, j’ai eu la vie dure avec mes collègues, qui ne comprenaient pas mes difficultés. Je réadaptais mes tâches. Par exemple, quand j’avais plusieurs consignes, je les écrivais sur des post-it et je les priorisais. J’avais des oublis ou du retard. »

De fil en aiguille, les troubles se sont accentués et Jonathan a été licencié pour inaptitude. Après un bilan de compétence réalisé avec Cap Emploi, Jonathan s’est réorienté pour devenir animateur. Depuis, il enchaîne CDD et stages dans des maisons de retraites, écoles, foyers… « Ma conseillère de Cap Emploi m’a apporté une aide précieuse, se félicite-t-il. Dans ce métier, mon handicap n’est pas un frein et je me suis épanoui. »

Son Brevet d’études professionnelles agricoles (BEPA) en poche, Violaine, qui souffre de dyslexie et de dysorthographie, a été disqualifiée pour un emploi à La Poste sans même avoir eu le temps de faire ses preuves. « Quand j’ai expliqué que j’étais dyslexique, on m’a demandé si je savais lire, écrire, si j’arriverai à me repérer dans les numéros des boîtes aux lettres… « Je fais juste des fautes d’orthographe, ça va aller je crois », ai-je rétorqué. Ils ne m’ont jamais rappelée. » Aujourd’hui âgée de 24 ans, elle a pu rencontrer une orthophoniste en quelques semaines, faire son dossier pour la MDPH et obtenir son statut de travailleur handicapé grâce au coup de pouce de Cap Emploi. Et poursuivre ensuite une double formation pour devenir commerciale, puis technico-commerciale. Après un CDD, elle a de nouveau poussé la porte de Cap Emploi pour trouver le job qui l’épanouira. Deux parcours qui montrent que malgré des obstacles, les conseils avisés, une formation adéquate et des compensations peuvent changer la vie professionnelle de bien des personnes qui souffrent de ces troubles cognitifs.

Les freins pour la reconnaissance

Le problème, c’est que la découverte de ces Dys est récente et que beaucoup les méconnaissent. « Il y a trop souvent un amalgame entre troubles dys et illettrisme, souligne Octavie Dardeau, conseillère au Cap Emploi 41. Ces personnes savent lire, mais plus lentement, avec un décodage différent. » « On a longtemps mélangé les troubles dys avec une déficience intellectuelle, ajoute Ivan Coelho. On risque alors de le vivre en se disant qu’on est plus bête que les autres. Quand on comprend ce trouble, on vit bien avec. » Preuve qu’il reste encore du chemin : même dans les tableaux des Cap Emploi, nulle trace d’une classification spécifique pour les troubles dys…

Autre obstacle : quand ces personnes ont été repérées durant leur parcours scolaire, elles savent rarement qu’elles peuvent être reconnues comme travailleur handicapé… et l’avantage de cette démarche. « Beaucoup associent toujours handicap à fauteuil roulant ou canne blanche, soupire le président de Cheops. C’est d’autant plus difficile de faire la démarche quand le problème est invisible ». Surtout que certains craignent que cette reconnaissance se mue en discrimination à l’embauche. « La reconnaissance, on n’y pense pas et on n’en parle pas assez, confirme Violaine. Mais le mot « handicapé » est dur pour moi. Personnellement, je n’ai pas l’impression d’avoir un truc en moins. Au contraire, si je fais des fautes, on me pardonne plus facilement », ironise-t-elle.

Des outils qui aident

Reste que grâce à cette reconnaissance, elle a reçu un accompagnement spécifique. « On va pouvoir identifier toutes les difficultés de la personne, lui présenter les outils les plus adaptés, les mettre en place et aller jusqu’à les financer, reprend Ivan Coelho, de Cap Emploi. Ainsi, Violaine utilise une clef USB qui permet de corriger tous ses documents. Elle n’a donc plus besoin que sa mère relise ses lettres de motivation… ou la boule au ventre dès qu’elle envoie un mail. D’autres outils peuvent venir en appui pour oraliser un texte, le rendre plus lisible à l’aide de logiciels ou de stylo-lecteurs.

« Ces outils, c’est un peu les lunettes pour les myopes ou un fauteuil pour ceux qui ne peuvent pas marcher », résume Octavie Dardeau. «Pour que dès l’entretien d’embauche, cette personne soit en capacité de rassurer l’employeur et de proposer des mesures de compensations, renchérit Ivan Coelho. C’est plein de méthodes simples, mais sans, on risque d’aller à l’échec. Et il y a de bons réflexes à avoir, aussi. Par exemple, j’ai un collaborateur qui a un trouble dys dans mon équipe. Je lui envoie les supports la veille d’une réunion pour qu’il ait le temps de les lire. »

Au-delà de la technologie et de la bienveillance, Octavie Dardeau assure que les employeurs auraient tout intérêt à changer de regard sur ces personnes. Car « dans le système scolaire, elles ont connu des difficultés, ont développé une capacité d’adaptation, une persévérance et ont également moins peur de l’échec. » « Je me suis sentie rangée dans une case toute mon enfance… et pas dans la bonne », confirme Violaine, qui a fini major de sa promotion une fois son handicap reconnu et ces outils de compensation maîtrisés. « Quand, toute sa vie, on s’entend dire qu’on est nulle, qu’on finira à la rue et que, du jour au lendemain, on nous dit qu’on est la meilleure, ça change beaucoup de choses pour la confiance. Dès qu’on a les cartes en main, il est tout à fait possible de travailler. »

Source : 20 minutes

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